Trois grands régimes de terres
Le système foncier sénégalais repose sur trois piliers : le domaine national (loi n° 64-46 du 17 juin 1964), qui couvre les terres non immatriculées et dont l'État est le gestionnaire ; le domaine de l'État (loi n° 76-66 du 2 juillet 1976), public ou privé ; et les terres immatriculées au Livre foncier, qui peuvent faire l'objet d'une propriété privée.
Principe à retenir : la propriété privée d'un terrain ne résulte que de son immatriculation au Livre foncier, c'est-à-dire d'un titre foncier. Les autres titres confèrent un droit d'usage ou d'occupation, pas une propriété.
Le titre foncier (TF)
C'est le titre le plus sûr : une propriété pleine, définitive, transmissible et hypothécable, inscrite au Livre foncier tenu par la Conservation foncière (DGID). Chaque titre a un numéro. L'achat d'un terrain titré passe par un acte notarié, puis par l'inscription de la mutation au Livre foncier.
Selon le guide de l'APIX (2026), les frais d'un achat de terrain titré comprennent notamment des droits d'enregistrement (5 % de la valeur déclarée), la formalité foncière (1 %) et les honoraires du notaire. Demandez une estimation au notaire avant de vous engager.
Le bail
Sur des terrains du domaine privé de l'État, l'État peut accorder un bail. Le bail emphytéotique (de 18 à 50 ans) est un droit réel, hypothécable, assorti d'une obligation de mise en valeur. Le bail ordinaire est plus précaire. Dans certaines conditions, notamment lorsque le terrain a été mis en valeur, le titulaire d'un bail peut demander sa transformation en titre foncier.
Si l'on vous vend un « terrain avec bail », vérifiez le type de bail, sa durée restante, les conditions de mise en valeur et la possibilité de le céder.
La délibération (affectation communale)
Sur le domaine national, la commune peut affecter un terrain par délibération du conseil municipal. Cette affectation donne un droit d'usage : ce n'est pas une propriété, elle n'est en principe pas cessible et elle peut être remise en cause en cas de non-mise en valeur.
Les terrains « sur délibération » sont courants, notamment en périphérie des villes. Ils ne sont pas forcément à fuir, mais il faut comprendre ce que vous achetez réellement, et ce qu'il faudra faire pour régulariser. Faites-vous conseiller par un notaire avant toute transaction.
Les vérifications avant d'acheter
- Demander l'état des droits réels (EDR) à la Conservation foncière (DGID) : il indique le titulaire et les éventuelles hypothèques, servitudes ou saisies.
- Vérifier l'identité du vendeur et sa qualité : est-il bien le titulaire du droit ? Agit-il seul ou pour une famille ?
- Faire contrôler les limites du terrain par un géomètre agréé (bornage) et obtenir l'extrait du plan cadastral.
- Se renseigner à la mairie sur le lotissement, la viabilisation (voies, eau, électricité) et les règles d'urbanisme applicables.
- Passer par un notaire : l'acte notarié est obligatoire pour la mutation d'un terrain titré, et le notaire effectue les vérifications préalables.
- Ne rien payer avant ces vérifications, et garder une trace écrite de chaque versement.
Acheter à distance : précautions pratiques
Si vous achetez depuis l'étranger, choisissez vous-même le notaire et échangez directement avec lui. Demandez-lui de vous transmettre les documents (titre ou acte, état des droits réels, plan) avant toute signature, et prenez le temps de les lire.
Faites visiter le terrain par une personne de confiance, avec des photos et une vidéo prises sur place, idéalement avec le bornage visible. Méfiez-vous des offres pressées (« il faut payer aujourd'hui ») et des prix nettement inférieurs à ceux du quartier.
Les frais à prévoir en plus du prix
- Les droits d'enregistrement et la formalité foncière, calculés sur la valeur du terrain.
- Les honoraires du notaire.
- Le bornage par un géomètre et l'extrait du plan cadastral.
- Le cas échéant, les frais de régularisation (transformation d'un bail ou d'une délibération).
- Plus tard, la contribution foncière une fois la maison construite.
Les pièges les plus fréquents
Un même terrain vendu à plusieurs acheteurs, un vendeur qui n'est pas le vrai titulaire, des limites contestées par un voisin, un terrain situé dans une zone non constructible ou sur le domaine public : ces situations existent. Elles se repèrent presque toujours en amont, avec les vérifications ci-dessus.
En bord de mer, attention au domaine public maritime : il comprend notamment une bande de 100 mètres à partir de la limite atteinte par les plus fortes marées. Ce domaine est inaliénable et ne peut pas faire l'objet d'une propriété privée.
Et l'entreprise de construction dans tout ça ?
Une entreprise de construction n'est pas un notaire : ce n'est pas à elle de garantir la situation juridique d'un terrain. En revanche, elle a besoin de connaître cette situation pour préparer les travaux, et le titre de propriété fait partie du dossier d'autorisation de construire.
Quand vous nous écrivez, indiquez simplement la situation de votre terrain (titre foncier, bail, délibération, en cours d'achat) : cela nous aide à préparer le devis.
Ce guide donne des informations générales et ne remplace pas un conseil juridique. Pour toute transaction, adressez-vous à un notaire et aux services de la DGID (Conservation foncière, cadastre, domaines).
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Sources
Textes et sites officiels consultés (octobre 2026) :
- APIX-SA — Accès au foncier au Sénégal, guide de l'investisseur (mise à jour juin 2026) (nouvel onglet)
- Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID) — Conservation foncière, cadastre, domaines (nouvel onglet)
- Loi n° 2011-07 du 30 mars 2011 portant régime de la propriété foncière (nouvel onglet)
- Loi n° 76-66 du 2 juillet 1976 portant Code du domaine de l'État (base FAOLEX) (nouvel onglet)




